Fake news: Europadutout

Fake news: Europadutout
27 avril 2018 marie

Il y a quelques jours une association a fait une révélation fracassante justifiant sa création contre le méga centre commercial EuropaCity : destruction de 8000 emplois, – 75% du chiffres d’affaires en moins pour les commerçants locaux avec une captation de 340 millions d’Euros de leurs chiffres d’affaires.

Rien de moins, pour un peu, nous aurions pu aussi être responsables de la disparition des bébés phoques !

Il faut prendre toutes ces « annonces » pour ce qu’elles sont : un poisson d’avril.

Pourquoi ?

  • Ce « nouveau » collectif n’en est pas un. Il s’agit de l’association Aulnaysienne, très liée au maire d’Aulnay-sous-Bois qui aurait préféré qu’EuropaCity se fasse sur les terrains de sa commune (ancienne usine PSA) plutôt que chez son voisin de Gonesse, Monsieur Boulanger, Président de la Capade et donc également le porte-parole de ce nouveau collectif. Faire du neuf avec du vieux n’étant jamais une méthode de rebond, personne n’est dupe de la supercherie.
  • Ce collectif présente EuropaCity comme un centre commercial gigantesque et demande à des commerçants ce qu’ils en pensent. C’est comme demander à Jean-Luc Mélenchon ce qu’il pense d’Emmanuel Macron pour justifier qu’Emmanuel Macron doit arrêter la politique… Une question orientée pour une réponse assurée. Monsieur Boulanger avait pourtant l’occasion de bien connaître le projet EuropaCity car nous l’avons invité à devenir membre du Comité de suivi du projet. Il a malheureusement participé à une seule réunion et ne vient plus depuis. La peur d’être convaincus que l’on ne fait pas n’importe quoi et qu’EuropaCity est un nouveau quartier des loisirs avec une offre commerciale certes, mais surtout beaucoup de culture avec un grand musée, des salles de spectacles, et de loisirs avec un grand parc à thème, le plus important complexe aquatique de France et un parc dédié à la glisse notamment sur neige.
  • Dans son art assumé de faire du neuf avec du vieux, cette association reprend une étude financée par les centres commerciaux (qui eux en sont ! Il est d’ailleurs savoureux de voir des commerçants dénoncer les grandes surfaces dans une campagne financée par les… centres commerciaux !) et contre dite par un expert indépendant mandaté par la Commission Nationale du Débat public.
  • L’analyse de l’association repose sur une image figée du territoire dont le commerce est déjà largement attaqué. Selon l’Etat 1, c’est plus de 300 000 habitants nouveaux attendus dans le territoire à l’horizon 2030. La question qui se pose au pouvoir public est de maintenir dans le territoire ceux qui accèdent à la classe moyenne et d’en attirer de nouveaux. Pour cela, il faut des projets créateurs d’emplois et de changement d’image du territoire comme EuropaCity. L’avenir de ce territoire passe par plus de mixité qui va renforcer le commerce local très affaibli2. Au contraire de capter 340 millions de chiffre d’affaire aux commerces locaux, c’est plus de 900 millions d’Euros injectés dans l’économie locale chaque année 3.

Au-delà de ces incohérences, ce collectif essaie de mettre en avant une expertise pour faire croire que leur point de vue est une vérité. Ils utilisent donc une « étude » qu’ils présentent comme celle d’un grand cabinet, Mc Kinsey, dont le sérieux est reconnu.

Avant de nous plonger dans le fond de cette « étude », voyons si cet important cabinet est bien le rédacteur de cette étude. Question légitime car c’est elle qui fonde la création de ce collectif et justifie la réaction des commerçants que l’on interroge dans des vidéos mis en ligne. Dès le début de la lecture, une chose étonne. Pas le moindre logo de Mc Kinsey. Etrange pour un grand cabinet qui a l’habitude de signer ces écrits. Enfin très rapidement, une phrase sonne comme un aveu : cette « Évaluation d’impact économique du projet EuropaCity, Synthèse », de mai 2016 a été engagée par l’établissement public territorial Paris Terres d’Envol (dont le Maire d’Aulnay-sous-Bois est le Président, avec l’appui technique et l’expertise indépendante du cabinet McKinsey. Il n’y a donc pas le logo de McKinsey car elle n’a pas été écrite par eux.

Une étude commanditée et payée par l’EPT Terres d’Envol ? Non. Aucune délibération du Conseil Municipal d’Aulnay-sous-Bois, ni de l’EPT, n’a été adopté pour en permettre le paiement. Le cabinet McKinsey ayant travaillé gratuitement, on en a pour son argent. Plus sérieusement, il s’agit d’une « étude » écrite par des élus d’un territoire qui voient le développement de son voisin comme un risque pour elle, ne retenant aucune des leçons du passé qui l’ont conduit là où il est aujourd’hui, et sans comprendre que c’est tous ensemble que le Nord Est Francilien a un avenir.

Sur le fond maintenant :

  • Cette « étude » est partielle et repose sur de nombreuses approximations méthodologiques ou erreurs de raisonnement.
  • Malgré ces biais méthodologiques, cette « étude » valide les chiffres d’emplois annoncés par EuropaCity, lorsque le projet analysé est conforme à la réalité du projet. Elle confirme aussi qu’un nombre important d’emplois pourront être accessibles aux habitants du territoire.
  • Cette « étude » mêle des intérêts politiques à des intérêts économiques. Elle est l’expression d’un parti-pris opposé au projet, elle est construite et organisée en fonction de la seule conclusion attendue.
  • L’étude CREDOC-Alphaville-CVL mandatée par l’EPA Plaine de France démontre au contraire une limitation de l’effet d’EuropaCity sur l’appareil commercial local. L’Etude indépendante diligentée par la Commission Particulière du Débat Public va également à contresens de cette « étude ».

 

1. Un point de vue isolé et contredit par les autres expertises

Le tableau suivant a pour objet de présenter les différentes estimations des emplois liés au projet EuropaCity faites par les différents acteurs.

Estimations ↓ → Cabinet Sémaphores (EuropaCity) EcoDev (EPA Plaine de France) Arnaud DEGORRE (mandaté par la CPDP) Unibail/Paris Terres d’Envol
Emplois directs en phase exploitation 11 800 (dont 1200 sous-traitants) 10 600 10 115 Entre 4800 et 11 800
 

Emplois directs en phase construction

 

4 200/an

 

Non estimés

 

3 350/an

 

2 500/an

 

Emplois indirects et induits

 

26 700 Estimations Cabinet Utopies

 

Non estimés

 

Entre 8 000 et 10 000

 

Entre 700 et 7 600

Emplois nets créés Non estimés Non estimés Entre 7415 et 8115 Entre 500 et 3100

 

Pour rappel, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) a confirmé l’ordre de grandeur des estimations d’EuropaCity en phase d’exploitation lors de l’atelier du 12/04/2016 «Emplois, qualification».

2. Une étude au pilotage partial

Cette « étude » est présentée par l’Établissement Public Territorial Paris Terres d’Envol avec la participation des entités gestionnaires des centres commerciaux Aéroville et O’Parinor. En revanche, le document ne précise pas la nature de la participation de ces acteurs à l’ étude », ni du point de vue financier, ni en termes d’apport de contenus.

L’apport de McKinsey est défini comme un « appui technique » (p.2), qui sert à légitimer cette « étude ». Une « étude » réalisée et/ou financée avec l’aide/par des opérateurs privés, qui se positionnent comme des opérateurs concurrents, conduit à l’expression d’un parti-pris opposé au projet.

a. Trois scénarios ont été développés pour EuropaCity, dont un seulement correspond à l’ambition d’EuropaCity. Une grande partie de l’étude présente donc les résultats de l’analyse d’un projet qui n’est pas celui soumis au débat. D’ailleurs, Karim TADJEDDINE, du cabinet McKinsey a déclaré le 28 juin 2016 à Garges-lès-Gonesse : « Pour nous, à ce stade, sur la base des informations qu’on a actuellement, il est difficile de discriminer entre les différents scénarios. On aimerait le croire, mais on n’a pas vu de partenariat structurant, ni d’informations qui nous permettent d’être certains qu’on sera dans le scénario 3. Nous, ce qu’on a fait, c’est qu’on a conçu ensuite des prévisions de chiffre d’affaires et donc d’emplois dans ces trois scénarios. »

b. A titre d’exemple, les « messages-clés » de l’étude présentent précisément des résultats basés sur un scénario qui ne correspond pas au projet porté.

c. Le périmètre d’évaluation des effets indirects et induits est respectivement limité à la valeur ajoutée des fournisseurs et des sous-traitants d’une part et aux dépenses réalisées par les employés d’autre part. Contrairement à l’étude d’empreinte économique Local Footprint citée p.24, il n’inclut pas les taxes et impôts versés par EuropaCity et se limite à évaluer l’impact au rang 1 (sous-traitants d’EuropaCity).

d. Les impacts sur les équipements commerciaux du territoire ont été largement surévalués et sont contradictoires avec l’enquête d’opinion réalisée dans le cadre de cette même étude.

Les hypothèses utilisées dans l’« étude » en question se fondent notamment (p.14) sur une estimation irréaliste et infondée du taux de pénétration d’EuropaCity dans les différentes zones de chalandise, laissant croire que 50% des habitants du territoire de grande proximité viendront à EuropaCity en lieu et place de leurs commerces habituels.

A ce sujet, Monsieur Arnaud Degorre, expert mandaté par la CPDP, a confirmé que ces hypothèses et les conclusions qu’elles amènent sont exagérées.

e. Il en va de même concernant le volet loisirs : l’impact supposé d’EuropaCity sur le Parc Astérix et sur Disneyland Paris n’est basé sur aucune méthode concrète ou scientifique.

f. L’étude souligne aussi qu’EuropaCity aurait un impact négatif sur les investissements à venir des centres commerciaux environnant. Il est pourtant à noter qu’O’Parinor, qui appartient en majorité à un fonds souverain sud-coréen, a précisément été rénové pour anticiper l’ouverture d’Aéroville 4.

3. Des incohérences méthodologiques

a. Une méthodologie discutable concernant l’estimation d’emplois (Ratio chiffres d’affaires/emplois), comme souligné par Monsieur Arnaud Degorre.

b. L’« étude » ne prend pas en compte les effets d’évasion commerciale actuellement à l’œuvre dans le territoire estimée à 32% (Etude CREDOC-Alphaville-CVL, Analyse prospective du contexte commercial du Nord-Est Métropolitain, p.46).

c. Les auteurs soulignent dès la page 33 leur « difficulté à comparer EuropaCity » (ainsi que p.43, p.52, p.64), mais basent tout de même l’essentiel de leur analyse sur des comparaisons avec des centres existants. De la même façon, l’argumentation est basée sur des données et dires d’experts non identifiés.

d. Les résultats de l’enquête d’opinion démontrent le faible impact d’EuropaCity sur les commerces existants. Ils n’ont pas été pris en compte pour la construction des hypothèses et des taux de pénétration.

4. Un résultat nuancé après une lecture attentive de l’« étude »

a. Lorsque le projet analysé est conforme au projet EuropaCity, l’« étude » valide notre estimation de création d’emplois directs (11 800 emplois directs créés). (p.95)

b. Bien que l’ « étude » s’attache à contester les chiffres d’EuropaCity en matière d’emploi, il reconnait que « les besoins d’EuropaCity en emploi semblent globalement correspondre aux niveaux de qualification de la population locale » (p.117), comme l’a confirmé le dire d’expert mandaté par la CPDP.

c. L’enquête d’opinion de l’« étude » démontre l’attractivité et la pertinence du projet EuropaCity à l’échelle de l’Île-de-France et nuance fortement le supposé impact négatif du projet.

Le projet EuropaCity apparait comme attractif pour 90% des personnes interrogées (p.27) et l’enquête souligne l’intérêt du concept hybride d’EuropaCity.

Quel que soit le périmètre géographique choisi, le public interrogé affirme que les visites qui seraient réalisées à EuropaCity le seraient très majoritairement en plus des visites dans des centres existants.

Les résultats de cette enquête d’opinion démontrent le faible impact d’EuropaCity sur les commerces existants. Ils n’ont pas été pris en compte dans l’analyse des effets de substitution, comme cela est décrit dans la méthodologie en annexe.

Conclusion 5 : Le changement fait peur et toutes les questions sont légitimes. Nous respectons naturellement tous les points de vue pour peu qu’ils soient honnêtes intellectuellement et nous renouvelons donc notre proposition de dialogue à nos futurs voisins pour construire un contrat gagnant/gagnant aux bénéfices des habitants du territoire.

 

1 DRIEA, Dossier de référence sur le territoire de Roissy-Le Bourget « Porte Nord du Grand Paris », 2015

2 Etude CCI Val d’Oise et Seine-Saint-Denis, Le Commerce et EuropaCity, 2016

3 Utopies, Etude d’empreinte économique du projet EuropaCity, 2015.

4 Interview du Directeur du centre commercial O’Parinor sur le site RoissyMail, en date du 28 juin 2016.

5 Toutes les études d’EuropaCity sont disponibles ici.