17 Juin 2015

Bjarke Ingels : « Faire coexister paysage urbain et espaces naturels »

Retrouvez un contenu exclusif issu du magazine d’EuropaCity : Play régulièrement sur notre blog. À la tête du cabinet d’architectes BIG (Bjarke Ingels Group), le Danois Bjarke Ingels, tout juste 40 ans, fait partie de la nouvelle génération des « architectes stars ». Il impressionne par ses constructions sensibles, où hédonisme et futurisme sont mis au service des activités humaines et de la convivialité. Avec EuropaCity, ce visionnaire à la fibre écolo a trouvé un défi à sa mesure.

Quel est le principal défi, en termes d’éco-responsabilité, que représente pour vous la conception d’EuropaCity ?

Le challenge est de transformer un paysage ouvert en une ville nouvelle. En préservant et en améliorant à la fois les caractéristiques urbaines et l’ouverture à la nature. C’est-à-dire en réunissant deux extrêmes : la densité et l’espace. Un endroit ouvert, à la vue dégagée, qui deviendra un emplacement stratégique, une véritable destination grâce aux nouvelles connexions pour les transports en commun. On crée, d’une traite, un quartier urbain riche de diversité et éco-responsable.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour les formes de ce projet ?

C’est un projet à grande échelle. Il a le caractère d’un quartier et non d’un simple bâtiment. D’ailleurs, les couloirs aériens et la proximité avec l’aéroport de Roissy nous contraignent à en limiter la hauteur. La ligne de toiture sera ainsi composée de collines et de vallées. Pourtant, à l’échelle humaine, au niveau du public, EuropaCity sera très vertical, avec différentes rues, plusieurs niveaux de passages… Il s’agira d’une réelle expérience en trois dimensions.

Comment avez-vous concilié esthétique et durabilité ?

D’ordinaire, une ville se construit au coup par coup, un bâtiment à la fois. Ce qui empêche de penser de façon holistique, d’imaginer des synergies. Ici, au contraire, la globalité du projet est pensée et construite tout à la fois, en symbiose. C’est le meilleur moyen d’obtenir des performances écologiques et une cohérence d’ensemble. Par exemple, l’excès d’énergie calorifère produite par le parc des neiges sera utilisé pour chauffer le parc aquatique. Les programmes sont connectés, ils sont en harmonie. De même, les toitures végétalisées, qui formeront une ferme urbaine, permettront de récolter l’eau de pluie et de fournir en fruits et légumes les restaurants. Toutes les formes d’écologies urbaines seront ainsi réunies dans ce projet. Il détient des possibilités infinies en termes de développement durable.

Comment avez-vous pensé le fun dans la conception du lieu ?

Le fun va de pair avec le projet. Il s’agit de combiner différentes expériences pour le public en un même lieu. En conciliant, toujours, l’extrême diversité : des ruelles, des grands parcs, des aires de jeux, des montées, des descentes… L’idée est de concentrer des espaces publics très vivants, où les gens se rencontrent, échangent, et une ouverture paysagère à perte de vue.

Est-ce une façon de repenser les usages urbains ?

Dans notre travail, on aime montrer qu’on ne choisit pas entre ville et campagne. Je vis désormais à New York, où il existe un espace fascinant, très inspirant : la High Line. Il s’agit d’une promenade suspendue qui rejoint différents lieux emblématiques de la ville, tels que le parc de l’Hudson River ou les docks. Paysage urbain et espaces naturels : nous avons désormais la possibilité de faire coexister les deux. Cette forme d’hybridation se retrouve aussi dans un autre projet de l’agence BIG, à Copenhague cette fois. Nous avons réaménagé une centrale de valorisation des déchets en énergie électrique en y ajoutant, à son sommet et au fil de sa toiture, une piste de ski. Une forme hybride que l’on retrouve à EuropaCity, cette fois à l’échelle d’un quartier entier. C’est une expérience très intéressante.

Vous pensez qu’EuropaCity peut être un tournant dans la façon de concevoir l’espace ?

Oui, clairement. Le degré de réflexion holistique, globale, est très différent des constructions habituelles. C’est un vrai modèle, tant pour le futur de l’architecture que pour celui des usages.

 

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